samedi 7 juillet 2012

Le Crabe de Catherine URSIN, 2010

Cinq pièces d'une même feuille de métal oxydée, rouillée, recouverte d'une peinture écaillée jaune, ont été découpées et assemblées par des coutures de fil de fer. L'animal est un crustacé hybride : sa gueule, cousue de brins métalliques, fanons ou dents acérées, évoque pêle-mêle la baleine, la pince du crabe, ou encore un macro-insecte d'Amazonie (cerf-volant ou scarabée géant). Trois pattes pointues peuvent propulser la bête à grande vitesse, qu'une queue de poisson peut bien dédoubler. L'épiderme de cet étrange animal – un hybride dirait-on – est un monde à lui seul. Les cloques, arrachements de matière, corrodations et patines multiples lui donnent un air de surface de vieille planète. Une vieille rengaine.


La forme même de cette curieuse monstruosité ne va pas sans évoquer certains cancers des églises médiévales. Les sculpteurs romans et gothiques aimaient à représenter, à l'ombre des porches sculptés des sanctuaires, le zodiaque. Celui-ci formait arche, dédoublant celle des travaux des champs qui évoquait les saisons : conception cyclique du temps. Ce bestiaire trahissait une certaine résurgence païenne et sauvage, de celles qui réaffirment un postulat fort : la lune fait les marées, les astres jouent la Terre, de surcroit la vie. Le crabe de Catherine Ursin garde en ses formes ce savoir hors temps, paradoxale mémoire.

C'est son efficace qui se joue dans ses découpes, son aspect rude, son antique patine. Il est un crabe au-delà des crabes, en-deçà d'eux comme au-dessus. Un ancien type, un père mythologique, un archétype de la forme « crabe ». Il s'oppose au savoir tout fait. Il ouvre une brèche dans notre connaissance – somme toute si étriquée – de la forme « crabe ».

BB, mai 2012

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