lundi 12 novembre 2012

Séminaire du CrAB à l'Inha : Architectures hors discipline (24 novembre, Paris, Inha).

Architectures hors discipline 
Émergence, institutionnalisation et perspectives de conservation d’une pratique en voie d’artification

Reprise du séminaire du CrAB – Collectif de réflexion autour de l’Art Brut
Institut national d’histoire de l’art (INHA)
2 rue Vivienne – Paris, 2ème arrondissement – Salle Walter-Benjamin
Séance du samedi 24 novembre 2012 / 9h30 – 13h00
Organisée par Roberta Trapani
avec la collaboration de Emilie Champenois


Vue de la salle "Habiter poétiquement", Lam, section Art Brut : à gauche, des objets en mosaique réalisés par Josué Virgili (1907-1991); à droite et au fond, des barrières historiées et des sculptures totemiques réalisées par Théo Wiesen (1906-1999). 

     Dans le cadre de son séminaire 2011-2012 consacré à la notion d’intention, le CrAB (Collectif de réflexion autour de l’Art Brut) focalisera sa séance « architectures hors discipline » sur l’analyse de certaines étapes du processus d’artification de la création environnementale populaire. La notion d'artification a été inventée par la sociologue Roberta Shapiro (Heinich, Shapiro, 2012) pour définir tout processus de transformation d’une pratique quotidienne modeste en une activité instituée comme art et définie comme un genre nouveau. « Impossibles à ranger dans des catégories conventionnelles » (Becker, 1988), depuis plusieurs années les productions environnementales réalisées par des créateurs autodidactes et marginaux appartenant majoritairement aux classes populaires interrogent non plus uniquement les amateurs, mais aussi toute une nouvelle frange de critiques, conservateurs et chercheurs qui tendent à faire advenir un nouveau monde de l’art. Ce processus d’artification étant encore en cours, les résistances à son déploiement ne manquent pas de se manifester. Si l’on se réfère, par exemple, au point de vue de leurs auteurs, ces œuvres sont le plus souvent éloignées du monde de l’art. La plupart des créateurs ne revendiquent pas pour eux-mêmes le qualificatif d’artiste, ni pour leurs créations celui d’art ou d’œuvre. Dépourvus du langage des arts, dans leurs discours ils se référent plutôt au monde du travail, en mettant en avant la prouesse technique de leur entreprise. Pourtant, ils réservent à une partie de leur production un traitement symbolique. Dans l’espace domestique ou dans un espace à part, mais toujours inscrit dans la quotidienneté, ils mettent en scène des objets soigneusement sélectionnés dans leur production. L’espace qui résulte de cette muséification est un lieu spécifiquement adressé à un public où l’auteur construit et représente son identité personnelle. Des très modestes lieux de vie prennent ainsi la forme d’égo-musées (Moulinié, 1999), des lieux fortement identitaires où la frontière entre production extra-ordinaire et quotidienneté ordinaire s’efface. Cette caractéristique a passionné les surréalistes, dont les travaux ont contribué à déclencher depuis les années 1930 un lent processus de reconnaissance artistique de ces « productions oeuvrières » (Moulinié, 1999), processus qui a graduellement entraîné la protection patrimoniale, muséale ou éditoriale de certaines d’entre elles.
    En qualifiant esthétiquement ces créations d’amateurs de monuments historiques ou d’œuvres d’art, en les incluant dans le classement patrimonial ou en leur réservant des espaces et des modalités spécifiques d’exposition dans des musées d’art brut, on leur offre souvent leur seule chance de survie. Cependant, pour permettre cette protection, on est souvent obligé de morceler ces créations, de les déplacer, en les coupant de leur contexte d’origine ; ou bien, si on les conserve in situ, on tend à les institutionnaliser, en modifiant ainsi leur essence et leurs conditions d’existence. La transformation de ces objets en œuvres d’art implique en effet un processus complexe de changement de trois registres de valeurs : éthique, esthétique, économique. Comme s’opère alors ce glissement de valeurs ? Quelles sont les opérations, pratiques et symboliques, par lesquelles on institutionnalise aujourd’hui ces objets comme œuvres, ces pratiques comme art et leurs auteurs comme artistes ? Qui sont les acteurs de ce processus d’artification ? Voici quelques-unes des questions qui seront abordées lors de cette deuxième séance du séminaire du CrAB consacrée aux architectures hors discipline, poursuivant une réflexion commencée en 2011.

Déroulement de la séance

09h30 :      Accueil
09h45 :      Introduction par Roberta Trapani
10h00 :    Communication de Véronique Moulinié, anthropologue-ethnologue, chargée de recherche au CNRS, ses thèmes de recherche sont entre autres l'anthropologie de l’érudition et l’anthropologie de l’entreprise et du monde ouvrier.
10h30 :    Discussion avec le public
10h45 :    Emilie Champenois, présente son entretien teinté de psychanalyse et de poésie avec Frédéric Edelmann, journaliste au quotidien Le Monde, critique d’architecture, spécialiste de l’architecture contemporaine en Chine.
11h00 :    Diffusion exclusif de l’interview de Frédéric Edelmann (15 minutes)
11h15 :    Pause
11h30 :    Communication de Lucienne Peiry, ancienne directrice de la Collection de l'Art Brut, elle est depuis 2012, directrice de la recherche et des relations internationales à la collection lausannoise.
12h00 :    Communication de Savine Faupin, Conservatrice en chef en charge de l'art brut au LAM : Lille métropole musée d’art moderne, d'art contemporain et d'art brut.
12h30 :    Discussion

Vous souhaitant bonne réception et vous espérant nombreux à venir partager ce moment autour de l'art brut,
https://www.facebook.com/events/243415635786804/ 

Emilie Champenois et Roberta Trapani pour le CrAB
Collectif de réflexion autour de l'art brut
3 rue Christian Dewët (c/Brun) - 75012 Paris

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